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Microsoft : de la difficulté de manœuvrer le mastodonte

Posted on : 15-07-2010 | By : Olivier | In : Geekeries

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Pour les jeunes générations d’utilisateurs d’ordinateurs, Windows est presque synonyme d’informatique, à tel point qu’ils seraient largués si un jour ils devaient se retrouver devant un bureau dépourvu de menu Démarrer. Cela prouve s’il en est besoin de que Microsoft a marqué le paysage informatique des 20 dernières années, parfois en besoin mais parfois en beaucoup moins bien. Après un Windows Vista très critiqué et un nombre de failles consternant non seulement dans Windows XP mais surtout dans Internet Explorer, le géant a perdu de sa superbe. Avec une image bien écornée, Microsoft doit en plus se battre contre des sociétés qui étaient autrefois des challengers, Google et Apple. Comment cette société qui affichait autrefois un succès insolent peut-elle aujourd’hui en être à faire figure de suiveur sur tous les nouveaux marché ? Son échec le plus cuisant, à savoir Windows Vista, pourrait bien nous en apprendre davantage sur la situation.

Windows Vista est annoncé par son concepteur en mai 2001. Sa sortie est alors prévue pour la fin de l’année 2003. Jim Allchin, qui dirige le développement de Windows, et son équipe se montrent très prolixes au sujet de leur futur bébé. De fait, les développeurs étaient à ce moment-là très tournés vers les utilisateurs et essayaient d’intégrer un maximum des idées qui leur étaient soumises.

Mais toute personne qui a un jour essayé de programmer une ligne de code le sait : il n’est pas bon de partir dans trop de directions différentes. Et surtout, quand on est un professionnel et que les clients attendent le produit avec impatience, il est bien de maitriser la communication autour de celui-ci. Apple l’a compris depuis longtemps ; ce n’était pas le cas de Microsoft, à l’époque. Et c’est alors que commençà la sarabande des promesses :

  • Les dossiers virtuels rassemblerons vos fichiers en fonctions des critères que vous aurez définis. Si on devait comparer cette fonction à ce que nous connaissons actuellement, on pourrait les décrire comme un mix des bibliothèques de Windows 7 et des sauvegardes de recherches apparues avec Windows Vista.
  • Un nouveau système de fichiers « qui ne se fragmente pas » est annoncé : c’est WinFS qui remplacera l’actuel NTFS.
  • La sidebar affichera la météo et vos mails mais interagira aussi avec vos contacts sur MSN Messenger et pourra servir de media player.
  • La nouvelle interface graphique sera révolutionnaire et gérée entièrement par la carte graphique. Elle sera constituée d’éléments vectoriels ce qui permettra, par exemple, d’agrandir une image à la volée sans perte de qualité.
  • Pleins d’autres fonctionnalités vous permettront d’utiliser votre ordinateur sans même y penser !

Une vidéo circule même sur Internet.

Puis, c’est le drame ! Le 27 août 2004, Microsoft annonce mettre le projet au placard et redémarre le développement à zéro.

Finalement, après plus de 5 ans de travail, beaucoup de fonctionnalités seront abandonnées ; d’autres seront portées aussi sous Windows XP alors qu’elles devaient être réservées à Vista. C’est le cas de Windows Presentation Fundation, d’Internet Explorer 7 ou Windows Media Player 11. D’autres enfin marchent très erratiquement lors de la sortie du système. D’autres encore sont de vraies tranches de rire : on pense notamment à la sidebar et ses gadgets parfaitement ridicules qui n’ont aucune interaction avec rien du tout ou encore aux bonus de l’édition intégrale qui relèvent du foutage de gueule. Trois packs de sons et des fonds d’écran animés ne suffiront pas à faire avaler la pilule aux clients qui ont payés 600 € pour cette version.

Dès lors, on peut se poser des questions sur les raisons qui font qu’une entreprise leader sur son marché en arrive à un tel fiasco. Tout d’abord, rappelons quelques chiffres au sujet de Microsoft. Cela nous aidera à saisir l’ampleur du problème. Microsoft emploie 30.000 personnes dans le monde. A ce chiffre déjà monstrueux, il faut ajouter 15.000 personnes qui travaillent pour des sous-traitants ou des sociétés qui collaborent. Avec de pareils effectifs et le nombre de secteurs sur lesquels travaille la société (hardware, software, web, publicité, consoles de jeu, santé, recherches et développement, etc.), la bestiole prend des allures de baleines pataude.

On imagine du coup le nombre d’équipes de développement qui bossent sur Windows ou sur Office, qui sont les produits phares de la société. Pour que tout se passe bien, il faut évidemment que les équipes travaillent de concert vers un même but et qu’elles communiquent de manière exhaustive pour savoir où elles vont et comment elles y vont. C’est bien là que Microsoft semble avoir quelques soucis. Les différents acteurs du développement des produits semblent bosser chacun de leurs côtés. Du coup, l’interface de Vista, par exemple, manque d’uniformité entre les différentes parties du système. Le tout manque également cruellement d’intégration.

Tous ceux qui ont utilisé Mac OS X le savent : ce qui fait la force du système, c’est que les logiciels d’Apple communiquent entre eux, aussi bien les contacts que Mail, iPhoto, iTunes, iMovie et toute la suite iWorks. Sur Windows, rien de tout cela : chaque logiciel est indépendant l’un de l’autre.

Il faut ajouter que Microsoft a sûrement du composer avec des égos démesurés de certains chefs de projets. N’oublions pas également un point important : tous les pontes de la boîte sont des vieux de la vieille qui, s’ils sont loin d’être idiots, ont aussi des idées bien arrêtées sur la façon dont fonctionner la société et ce qu’elle doit livrer à ces clients. S’ils s’agit d’une qualité, elle ne peut mener à quelque chose de bon que si cette volonté est tournée vers le client et non vers des idées propres et préconçues. Il semble que Microsoft a au moins en partie compris qu’il faisait fausse route : Depuis la sortie de Windows Vista, Jim Allchin a cédé sa place à Steven Sinofsky, connu pour museler la communication de ses équipes et livrer des produits finis et performant dans les délais.

Enfin, notons que la frilosité du public ne doit pas être un facteur de motivation pour essayer d’innover. Quand on voit comment certaines personnes se braquent sur les changements d’interface de Facebook alors que le fonctionnement du site n’a pas vraiment changé entre temps, on se dit que la marge de manoeuvre de Microsoft est bien mince pour éviter de frustrer ses utilisateurs. Sans compter que, souvent, quand on demande à une personne pourquoi elle n’aime pas Windows Vista, elle répond qu’elle ne s’y retrouve pas… Le menu Démarrer par exemple… Au lieu de s’ouvrir dans un menu latéral comme sous Windows XP, il s’ouvre à l’intérieur du menu ! Du coup, les utilisateurs ne s’y retrouvent pas ! Jugez plutôt de la différence avec les images ci-dessous.

Autre exemple consternant. Les utilisateurs ne s’y retrouvent pas dans le panneau de configuration. Vous trouvez que c’est si choquant, comme changement ?

Le problème vient surtout du fait que les gens n’ont pas envie de chercher comment utiliser leur système d’exploitation plus simplement. On garde encore et encore les mêmes habitudes. On cherche l’endroit où on change l’écran de veille alors qu’il suffit de taper Ecran de veille dans la zone de recherche dans le coin supérieur droit de la fenêtre pour que Windows vous propose toutes les options qui s’y rapportent…

Toujours est-il que Windows 8 est en préparation actuellement et, à mon avis, ses axes de changements devront être multiples :

  • Intégration des éléments du système pour une meilleure interaction entre eux
  • Encore une meilleure réactivité
  • Changement du système de fichiers pour enfin en finir avec la fragmentation
  • Une sécurité accrue
  • Un accompagnement plus complet de l’utilisateur si celui-ci le demande

Le challenge est grand et les défis nombreux. Outre le marché des ordinateurs, Microsoft devra se faire une place dans les services web, la téléphonie mobile et sur les téléviseurs. J’ose espérer qu’il saura les relever. Dans le cas contraire, j’espère que la pression d’Apple et de Google les incitera à se remettre en question et à prendre les décisions qui leur permettront de rester dans dans la course.

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