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(Critique) La Journée de la Jupe de Jean-Paul Lilienfeld

Posted on : 30-01-2010 | By : Olivier | In : Non classé

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Parfois, il y a des films qui ne payent pas de mine : on n’est pas attiré par les acteurs, le titre n’est pas vraiment évocateur. Du coup, on se renseigne un peu plus avant (sauf si c’est une réalisation de Stephen Sommers, bien sûr) et on se rend compte que, waouh ! le sujet a l’air super sympa et promet beaucoup de tension ! Alors on rompt nos réticences et on plonge dans ce long métrage mystérieux. On a autant de chances d’en sortir déçu qu’enchanté… C’est ce qui s’est passé pour moi avec La Journée de la Jupe. Je n’aime pas spécialement Isabelle Adjani, le réalisateur m’était totalement inconnu mais l’histoire m’intéressait. Je me suis donc lancé… Alors ? Déçu ou enchanté ?

Sonia Bergerac est prof de français dans un lycée difficile. Par difficile, vous pouvez entendre un lycée de banlieue où la rébellion et la violence des élèves sont monnaie courante. Lors d’une altercation, elle prends sa classe en otage et blesse un élève.

Lilienfeld a pris le risque de ne composer sa classe que d’élèves de confession musulmane. Par les temps qui courent, où dire du mal de cette religion et de ses adeptes est tout sauf bien vu, la pari était risqué. Est-ce un raccourci que le réalisateur a pris pour pouvoir fustiger une religion, comme certaines critiques l’ont prétendu ? Je n’en ai pas l’impression : car oui, les problèmes de relations homme/femmes liées à l’Islam sont bien évoqués et le point de vue proposé est tout européen. Mais peut-on vraiment l’en blâmer ? Après tout, le débat ne date pas d’aujourd’hui et il se cacher derrière les droits de pensée n’aidera ni à la réflexion, ni à la résolution des problèmes.

Ce que l’ont pourrait reprocher à Lilienfeld, en revanche, est d’avoir concentré trop de problèmes dans un trop petit endroit. La violence dans les lycées et la perception des femmes dans la religion musulmane est, à mon sens, plus que suffisante pour créer une intrigue prenante et pleine de tension. Du coup, l’affaire du viol est vachement superflue et donne le sentiment que le réalisateur fait feu de tout bois. Donc avant de continuer, mettons-nous d’accord : nous sommes conscients que tous les musulmans ne sont pas violents/voleurs/mysogines/violeurs/racketteurs.

Ceci étant dit, on ne peut nier que certaines positions vis-à-vis de la positions des femmes dans la société a de quoi interpeler dans notre culture. Non que nous fassions mieux ; parfois, on fait pire. En revanche, la mixité hommes/femmes, le port de la jupe et d’autres sujets sont abordés avec suffisamment de justesse pour s’y intéresser. De ce côté-là, je remercierai Lilienfeld de tenter de relancer le débat même s’il ne propose pas de réponse immédiate.

D’un autre côté, même si le film verse parfois dans le cliché, beaucoup de profs pourront témoigner que régler les problèmes liés à la violence à l’école n’a rien d’une sinécure. Ma moitié étant elle-même confrontée régulièrement à la question, je suis bien placé pour savoir que ce n’est pas un problème qu’on peut prendre à la légère. Dans la Journée de la Jupe, nous avons droit à une direction d’école démissionnaire et des profs qui essaient de ménager la chèvre et le chou. Au risque de décevoir les gens qui se planquent en criant au cliché, je dirais que de telles écoles existent et que le réalisateur nous place simplement dans la situation qui amène la protagoniste principale à péter une durite. Donc non, toutes les directions d’école ne laissent pas le champ libre à la violence et non, tous les profs ne sont pas des beaufs qui se rangent systématiquement à l’opinion du plus fort. Mais cela arrive…

Et finalement, soyons objectifs : la situation de Sonia Bergerac pourrait arriver à n’importe qui et pas seulement dans une classe… Nous vous est-il jamais arriver d’avoir à prendre une décision en sachant que, si vous faites le mauvais choix, rien ne sera plus jamais pareil et que votre vie en sera bouleversée à jamais ? Et parfois, on commet l’irréparable et la seule issue possible, même si on la sait pertinemment mauvaise, est d’éviter d’assumer les conséquence ou, en tout cas, de les repousser au maximum.

C’est ce qui arrive à cette prof à mon sens : elle fait une connerie et pour éviter d’en subir les conséquences immédiatement, elle s’empêtre dans une situation dont l’issue ne peut être que fatale. Adjani a un don réel pour jouer les rôles désespérés. Si elle surjoue parfois, on ne peut que saluer sa performance ! Pour la première fois dans un film, je n’ai pas eu envie de la gifler pour la réveiller… Il en va de même des autres acteurs qui ne laissent pas indifférents. Même si, encore une fois, on tombe parfois dans les clichés, c’est pour concentrer tous les facteurs qui nous amèneront au dénouement.

Bon évidemment, il y a bien quelques invraisemblances mais on les pardonne relativement facilement. On est d’abord occupé à jubiler devant cette prof qui renverse la situation en terrorisant des élèves qu’on avait envie de baffer un quart d’heure avant. Mais tout à coup, le sourire s’efface et le drame prend toute son ampleur… Le dénouement, même s’il n’a pas l’impact d’un American History X, laisse affligé devant tellement de gâchis.

Encore une fois, Lilienfeld ne propose pas de solution miracle. Si elle existait, on l’aurait trouvé depuis longtemps. A mon sens, un peu de communication objective dans les deux sens, une bonne éducation à tous les niveaux – maison/école/travail – et des gens qui ne pensent pas qu’à leur gueule pourraient régler le problème… s’il avait été pris au début. Aujourd’hui, les rancœurs sont tellement tenaces et les esprits surchauffés qu’on a atteint, à mon avis, le point de non retour. Il ne reste plus qu’à tempérer et à régler les problèmes au cas par cas. La Journée de la jupe a au moins le mérite de poser les questions qui fâchent et c’est déjà un bon point.

Passons au point qui énerve maintenant ! Putain, Jean-Paul ! T’as séché les cours de mise en scène ou quoi ? Ta réalisation est juste digne d’un téléfilm de M6 ! Non, sérieux, tu peux remercier tes acteurs de se sortir les doigts du fondement pour nous prodiguer le frisson qu’on attend parce que niveau tension, tu n’y comprends pas grand chose, avoue ! Parfois, on a l’impression que tu laisses une scène au moment où la tension est à son sommet pour nous parler des problèmes conjugaux du policier qui négocie la prise d’otage ! Mais on s’en fout de sa tronche de cake à lui ! Nous, on veut de la tension, du conflit et que cette pauvre prof se fasse enfin respecter après s’être fait traiter de pute pendant 3/4 d’heure… Y a pas un réal français qui voudrait lui donner des cours, s’il vous plaît ? Toi, Matthieu (Kassovitz, bien évidemment), t’en connais un rayon en matière de tension !

Bon enfin voilà, pour clôturer, je dirais que La Journée de la Jupe est un film qui incite à la réflexion, pourvu d’acteur épatants, pour la plupart, et d’une intrigue sympa… Mais il est plombé par certains raccourcis et le manque de rythme du réalisateur… C’est dommage.

Note : 2.5/5

  • Titre : La Journée de la Jupe
  • Réalisation : Jean-Paul Lilienfeld
  • Casting : Isabelle Adjani, Denis Podalydès, Yann Collette…
  • Genre : Drame
  • Durée : 1 h 27
  • Production : Arte France

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Comments (3)

Euh ouais, la bande annonce donne pas vraiment envie de voir le film, même si je m’étais presque laissée convaincre par ta critique. Alors je ferai l’impasse sur ce film, et me contenterai de te croire sur parole :)

Bon article!!! Et oui, c est ca qui fait plaisir dans ce monde un peu trop « nien pensant, un gars qui a l audace « d appuyer là ou ca fait mal », assez rare de nos jours. Le huis clos, moi je le trouve bien foutu, elle n allait pas les prendre en otage dans la cour de récré, je trouve pas qu adjani « surjoue », mais ca c est une question de perception, et heureusement qu on a pas tous la même, et la réal, ca ne m a pas choqué plus que ca… Je trouve ton 2,5/5 un peu dur mais bon, les gouts et les couleurs…J adore le passage (encore une fois…. ton article). Ca résume assez bien cette société de plus en plus nombriliste dans laquelle on vit.

@Nenny : Bah perso, je te conseillerais de le regarder malgré tout quand tu en as l’occasion : c’est tout de même un bon film et çà fait réfléchir, même si la réalisation est un peu « old school ».

@robin : J’ai sûrement été un peu dur avec une telle note. En fait, j’ai hésité parce que, au départ, je voulais mettre davantage pour le courage du message clair et précis du réalisateur. Mais vraiment j’ai trouvé que la tension tombait complètement à plat, comme si le réalisateur avait peur d’aller plus loin. Je me souviens d’un passage en particulier où on passe directement d’un clash dans la classe au mec qui téléphone avec sa poule et sérieusement c’est dommage. Quant à Adjani, j’ai bien précisé qu’elle surjoue à certains passages mineurs mais la majorité du temps, elle est juste énoooooooooorme et nous livre un nouveau jeu d’actrice impressionnant !

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